La réalité humaine

Tout de soi et des autres est humanité, à recevoir, à être et non à changer.

L'acte d'humanité par excellence est celui de se recevoir et, à chaque moment, d'habiter comme soi-même tout ce qui est soi et se passe en soi. S'ouvre alors un espace ontologique qui est rencontre, passage à l'esprit, dans l'interdépendance et la paradoxalité.

L'humanité, sous la forme particulière de chaque individu, porte et assume toutes les finitudes de la matière et de la vie. Dans la position d'habiter tout de lui-même, l'individu humain hisse l'humanité, la matière et la vie au plan de l'interdépendance, de la paradoxalité : l'esprit.

L'humanité a commencé dans l'absence d'elle-même et s'est développée sous le signe du manque. Ainsi poursuit-elle son devenir ; elle ajoute ses propres limites à celles de la matière et de la vie dans son projet de tout faire accéder à l'esprit.

Le passage de l'animalité à l'humanité s'est effectué dans la possibilité de l'animalité de s'ouvrir à un nouveau mode de rapport où chacun des individus est relié à tous les autres, de tous les espaces et tous les temps, pour devenir et être.

Le projet qu'est l'humanité est celui, incontournable et précaire, d'accéder à un mode de rapport qui résoudrait toutes les finitudes de la matière et de la vie. Projet grandiose, s'il en est, mais ancré forcément dans la souffrance, la violence et la mort à habiter par chacun des individus.

La possibilité pour l'individu humain de recevoir et d'habiter tout de lui-même implique de faire toute la place à ce long et douloureux co-devenu de l'humanité, l'humanité organisée en chacun de manière unique.

Les humains rêvent de retrouver le paradis perdu. Mais il n'y a pas de paradis perdu. À l'origine, il y avait le passage de l'animalité à l'humanité, dans l'absence et le manque. Tout le processus du devenir humain est en chacun l'organisation unique de son individualité.

Il serait désespérant de s'attendre à ce que l'humanité puisse, en chacun des individus, s'accomplir pour mener à terme son projet. Ce serait passer du paradis perdu au paradis à retrouver.

En chacun, l'humanité tout entière est projet : la possibilité de ce mode de rapport posant chacun des autres, la matière et la vie dans l'interdépendance et la paradoxalité ; le passage de la matière à l'esprit.


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